1. Le calendrier
Les Rouches ont un calendrier qui leur paraît défavorable, surtout pour les trois dernières journées. La réception de Malines, qui joue ce soir sa demi-finale retour de Coupe de Belgique contre le CS Bruges avec ce que cela suppose de fatigue, paraît le plus « simple » des quatre matches à venir. Les déplacements à Zulte-Waregem, qui a battu Anderlecht (4-0) et le FC Bruges (3-1), et à La Gantoise d'un certain Michel Preud'homme, lors de la dernière journée, sont les plus périlleux. La visite du FC Bruges, entre ces deux voyages, reste une affiche, même si à une journée de la fin du championnat les Brugeois pourraient être rassurés sur leur sort européen. « Chaque match sera une finale », résument les joueurs. Des finales à handicap comparées au programme bruxellois.
Car pendant que le Standard engrangeait les unités face à des adversaires à sa portée, Anderlecht a bien géré des rendez-vous autrement plus délicats, notamment contre Bruges et à Westerlo où il redoutait pourtant le pire. Pour rappel, il restait sur trois couacs en déplacement à Mouscron, à Malines et à Lokeren.
À moins d'un excès de confiance malvenu, les Mauves ont désormais tout en main pour faire un sans-faute contre Dender, à Tubize, contre Roulers et à Genk. S'il se qualifie pour la finale de la Coupe, Genk pourrait d'ailleurs être en roue libre lors de la dernière journée. « Pendant ce temps, les Rouches pourraient trébucher à Zulte-Waregem et à Gand », espère Olivier Deschacht.
2. La qualité de jeu
Milan Jovanovic avait commenté les choix de Laszlo Bölöni, sur le système de jeu, comme suit: «Si on avait joué nos matches de championnat avec deux attaquants, on aurait dix points d'avance.» Le Serbe force un peu beaucoup le trait. Contraint de revenir au 4-4-2 qu'il avait utilisé en début de saison en raison des absences, Bölöni pourrait revenir au 4-2-3-1 avec le retour de blessure de De Camargo, derrière Jovanovic, et en maintenant Carcela sur le flanc gauche. L'absence de Mbokani (entorse du genou), pour une durée indéterminéeson état de santé sera évalué chaque semaine, pourrait être complétée par les éventuelles suspensions pour abus de cartes jaunes. Onyewu manquera le match contre Malines. Marcos, Mangala, Mulemo et Nicaise sont menacés.
Anderlecht a quant à lui réussi à élever son niveau. Il a séduit à Lokeren, contre Bruges et à Westerlo. La nouvelle tactique d'Ariël Jacobs a fait merveille, avec une défense à trois, à charge pour Gillet et Van Damme d'arpenter les flancs. Les Mauves ont enfin trouvé une équipe type et les automatismes sont présents. «Les blessés longue durée et les suspensions nous ont pourri la vie durant toute la saison, rappelle Jelle Van Damme. Cela explique en grande partie nos prestations en dents de scie. On a trouvé l'équilibre.»
La réussite de Tom De Sutter y est pour beaucoup. Le Brugeois ne marque pas facilement mais il est indispensable aux Mauves. Il a fait oublier la Frutos dépendance.
3. L'expérience
Mohamed Sarr, qui devrait faire son retour contre Malines, disait à propos des Anderlechtois: «Ils sont habitués à ces situations tendues en fin de championnat. L'année passée, on avait une marge de man½uvre plus importante, c'est incomparable avec notre situation actuelle.» La jeunesse, souvent présentée comme l'atout principal des Liégeois, ne peut être toutefois avancée comme défaut, un an plus tard.
À Mouscron, Laszlo Bölöni a stigmatisé la nervosité de Defour, ajoutant: «N'oubliez pas qu'il n'a que 21 ans.» Les Rouches ont rarement craqué sous la pression en deux ans. L'année passée, ils ont pu compter sur un duel direct avec Anderlecht; cette saison, le duel est indirect et cela se joue sur un fil. La gestion de la pression sera une clé de cette course au titre.
Pour les Anderlechtois, outre l'expérience, on peut se demander pourquoi ils n'affichent pas toujours la même mentalité que celle qui leur a permis de relever la tête ces dernières semaines. Le constat pourrait être le même pour les Rouches dans leur version européenne, au premier tour. Lorsqu'ils évoluent avec une telle détermination, les Mauves semblent invincibles.
«Le Sporting est l'équipe des grands rendez-vous, souligne le président Roger Vanden Stock. Nous avions déjà prouvé par le passé notre capacité à gérer la pression. Elle était grande ces deux dernières semaines, mais notre expérience a fait la différence.» «L'envie d'être champion est énorme au sein du groupe», note Tom De Sutter. «Ce serait le plus beau titre de ma carrière!», confirme Olivier Deschacht.
4. La forme du moment
Le Standard reste sur de bonnes sorties, dans les chiffres, malgré l'absence de deux attaquants (Jovanovic et De Camargo contre Lokeren; De Camargo et Mbokani à Mouscron). Il y a pourtant des choses à dire, et Laszlo Bölöni s'était chargé de les dire au Canonnier «Notre philosophie défensive est à revoir. Quand il faut dégager, il ne faut pas faire des choses inutiles» ou «les joueurs doivent comprendre que le jeu le plus spectaculaire est le jeu simple et rapide».
Mais le clou sur lequel tape sans arrêt l'entraîneur roumain est l'efficacité offensive. Le Standard se crée plusieurs occasions mais ne parvient pas à concrétiser assez souvent. Il partage au moins cette difficulté avec Anderlecht qui, lors de ses trois derniers matches, n'a inscrit que deux buts pour une trentaine d'occasions. Avec un brin de réussite, Bruges et Westerlo leur auraient volé deux points comme avait réussi à le faire Lokeren.
Mais d'autres constats sont à dresser chez les Bruxellois: Boussoufa brille; la défense n'a plus encaissé depuis quatre rencontres; De Sutter est une attaque à lui seul; l'excellente mentalité de Van Damme déteint sur tout le groupe; Biglia regarde enfin vers l'avant; Chatelle a pris le dessus sur Legear; Schollen a même sauvé des points et Gillet se démène à droite à défaut d'y être aussi performant que dans l'axe.
Depuis trois semaines, Anderlecht joue en champion. Mieux vaut tard que jamais, mais cela pourrait lui suffire pour décrocher son trentième titre. Une chose est sûre: les deux défenses semblent solides et la différence se fera dans la concrétisation.