Il est toujours hasardeux de comparer des époques différentes et, donc, des sportifs qui n'ont pas évolué dans les mêmes conditions, mais Laurent Verbiest est, très certainement, le plus grand défenseur de l'histoire du football belge.
Et, à l'inverse de son palmarès, son aura a, probablement, aussi, été décuplée parce que, comme Coeck ou Sterchele, il est mort, en pleine gloire, au volant de sa voiture.
Laurent Verbiest était l'exact précurseur du style de joueur qu'allait être, une demi-douzaine d'années plus tard, le Kaiser Franz Beckenbauer.
Il réunissait, en effet, les quatre mêmes qualités, fondamentales pour faire un défenseur d'exception : la technique, la condition physique, la relance et l'intelligence de jeu. Bref, ce qui s'appelle, tout simplement, la classe.
Fils de pêcheur, il jouait à l'AS Ostende, en équipe d'âge lorsqu'il fallut remplacer l'arrière central Legon. Les dirigeants flandriens voulaient transférer l'Anglais Starke, mais le gamin déclara : "Si vous voulez un conseil, prenez-moi, je suis d'une classe supérieure à celle de Starke."
Les dirigeants s'apprêtaient à lui donner la fessée qu'il méritait, mais Pol Grenay intervint. Ce n'était pas n'importe qui. Il était le gardien de but de l'équipe, sacré meilleur keeper de la Coupe du Monde de 1954, et fit une bonne partie de sa carrière entre les perches du Standard. Il dit : "Je l'ai vu en cadets et en scolaires, il dit vrai, je serais plus tranquille derrière lui."
Si Pol Grenay le disait, ce devait être vrai, et ce fut vrai. En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, il fut remarqué par les grands clubs, mais il avait déjà fait son choix : "Je veux jouer dans le plus grand, à Anderlecht."
Au Parc Astrid, il connut un baptême du feu exceptionnel : transféré après la saison 59-60, en droite ligne, donc, de la troisième division, il participa au dernier match amical de la saison du Sporting. Et quel match ! Le FC Santos, champion du monde, et son adversaire direct s'appelait tout simplement Pelé !
Verbiest fut rapidement appelé Lorenzo le magnifique, parce qu'il avait brillé, quelques mois plus tard, dans un autre match amical, contre les Argentins de Boca Juniors.
Il participa, d'emblée, à trois titres successifs des Mauves. Et, surtout, le club bruxellois, qui n'avait jamais réussi, jusque-là, à passer un tour en Coupe d'Europe, commença, avec son grand défenseur, à aligner les qualifications. Et quelles qualifications : son premier rendez-vous européen fut contre le Real Madrid, vainqueur des cinq premières Coupes des champions. Ses adversaires s'appelaient Di Stefano et, surtout, Puskas, son adversaire direct. Et Anderlecht se qualifia !
Il réussit un exploit, inimaginable à l'époque où il n'y avait, sauf rarissimes exceptions, que des joueurs belges dans notre championnat, et, donc, une terrible concurrence en équipe nationale. Il fut, en effet, Diable Rouge après quatre matches, seulement et moins d'un mois, en première division, et ne quitta plus notre équipe représentative qu'à trois reprises, une fois pour suspension et deux pour blessure. Un record toujours d'actualité aujourd'hui !
Verbiest, joueur correct s'il en était, écopa pourtant d'une suspension de six mois : au Lierse, il avait passé la main sur les cheveux de l'arbitre Lepomme, en disant : "J'ai l'impression qu'il n'y a pas grand-chose, là en dessous". Oui, c'était une autre époque !
Lorenzo aurait eu 70 ans ce mercredi, le 16 avril.





